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Par Jaures Bradley A..!

Le Hip-Hop est un mouvement qui réunit des rappeurs, des chanteurs, des danseurs, des peintres, des graffeurs, etc… Dans le but de mieux promouvoir ce secteur, l’équipe de la rédaction a jugé bon de parcourir chacune de ses disciplines. Déjà, les chanteurs et rappeurs sont les plus en vogue dans le milieu. Nous allons donc passer ce cap et faire une intrusion dans le monde des danseurs sur qui, la lumière est d’ailleurs très peu mise.

Nous allons commencer cette aventure en allant à la rencontre d’un grand danseur béninois. C’est également un jeune entrepreneur culturel et un véritable touche-à-tout. On le laisse plutôt se présenter!

Après les salutations, il se présente:

Bonjour. Je suis Kévin ADJALIAN, danseur, chorégraphe, directeur artistique, et entrepreneur culturel.

Comment est né ton amour pour la danse ?

K.A: Ah ! C’est une question assez spéciale pour moi. Je n’ai pas une réponse précise à cette question car mon amour pour la danse est venu de plusieurs choses. Premièrement, de l’environnement dans lequel j’étais. A l’époque, il y avait pas mal de danseurs autour de moi et cela me plaisait bien. Secundo… la scène ! J’aime bien le fait de vivre un moment unique et d’avoir les yeux  des gens sur moi. Voilà ! Et qu’est ce qui pouvait me permettre de vivre cet instant unique ?! J’ai connu plusieurs disciplines artistiques mais… j’ai préféré la danse.

Dis-nous alors en quelques mots comment tu t’es formé ?  Cela te paraissait-il difficile au début ? As-tu connu des accidents ou eu même envie de jeter l’éponge ?

K.A: Je me suis vraiment formé en autodidacte . J’apprenais beaucoup de ce que je voyais. Malheureusement, je n’en voyais pas assez à l’époque puisque l’internet n’était pas aussi accessible qu’aujourd’hui. Donc, je me contentais du peu que j’avais sous la main pour mon apprentissage. Et de plus, j’ai eu la chance d’être porté par des personnes expérimentées du domaine. J’en profite pour dire, que ce qu’était la danse entre temps, ne l’est plus maintenant. Certes, il y a plus de danseurs aujourd’hui mais entre-temps, la motivation des quelques rares personnes qui pratiquaient cet art, était énorme. J’ai eu la chance de travailler aux côtés de ces personnes et cela a beaucoup nourri ma passion.

 Au début quand c’était juste pour le fun, on s’amusait bien. J’essayais quelques cascades. Mais à partir du moment où cela prenait une allure professionnelle, il fallait se dépasser et innover. J’ai donc commencé à challenger mon corps comme tout danseur professionnel  ou qui aspire à le devenir. Et là, il y a eu pas mal d’erreurs qui m’ont coûté quelques blessures. (…il nous montre quelques cicatrices sur son corps) Mais c’était une étape indispensable et cela m’a permis d’acquérir une bonne maîtrise de mon corps.   

La danse aurait pu rester juste une passion pour toi. Pourquoi en avoir fait un métier quand on sait que l’environnement culturel au Bénin n’est pas des plus favorables ?

K.A: C’est vrai que la danse est compliquée au Bénin. Mais je dis toujours une chose : c’est bien intéressant de lier l’utile à l’agréable ! J’aime danser. Mais, la danse est un secteur qui n’est pas assez valorisé au Bénin. Par conséquent, ce domaine mérite qu’on s’y investisse. Je ne veux pas faire comme tout le monde, aller où tout le monde va et espérer obtenir gain de cause. J’ai donc décidé d’apporter un plus à cette passion que j’ai.

Kevin donne des cours de danse aux enfants dans un village

Trois (03) événements majeurs qui ont marqué ton parcours ?

K.A: Le premier  événement, c’est quand j’ai décidé de me prendre en main puisque j’étais managé. J’ai appris énormément de celui qui était mon manager. Il répond au nom de José Martin et j’en profite pour le remercier s’il me suit actuellement. Mais bon, après j’ai senti que j’étais à une étape importante de ma carrière et j’ai décidé de me prendre en charge moi-même. A ce moment, avec des collègues danseurs, on a monté l’association I AM AFRO qui aujourd’hui, essaie de promouvoir la danse urbaine. 

Le deuxième événement est celui où je me suis produit pour la première fois sur la scène de l’Institut Français pour le compte de la compagnie DJAMBES, une compagnie de danse contemporaine d’inspiration Hip-Hop, instaurée avec des frères danseurs et dont je suis le directeur. Ce fut notre première création et c’était en Février 2015 lors de l’évènement « DANSONS MAINTENANT » organisé par  la Fondation Zinsou.

Je suis partagé pour ce qui est du troisième événement… entre ce moment où on ouvrait l’école « STREET MOTION SCHOOL », la première école de danse urbaine au Bénin et ce moment où on organisait, par nous-même,  le premier gros festival de danse hip-hop , le festival « THE JAM ».

 

Une séance de travail au Street Motion School

Quelle est ou sont ta spécialité dans la danse ? Explique-nous en quelques mots en quoi elle consiste ?

K.A: Je ne me limiterai pas à une spécialité donnée. La danse Hip-Hop, c’est ma base. C’est ce que j’ai appris moi-même. C’est au fil du temps que j’ai découvert la danse contemporaine.

Dans le Hip-Hop, il y a beaucoup de branches. C’est toute une entité, elle regroupe donc assez de styles. Et moi, j’essaie de faire un mix de tout ce qu’il y a déjà et de développer quelque chose de nouveau. Je suis chorégraphe et je n’aime pas me restreindre à une case donnée.

Que penses-tu du niveau actuel de la danse urbaine au Bénin ?

K.A: Le niveau de la danse urbaine est mieux que ce qu’il y était autrefois. Seulement qu’on a gagné en quelque chose pour perdre en autre chose… On a gagné en niveau pour perdre en passion. La plupart des danseurs aujourd’hui dansent parce qu’il faut danser. Alors qu’auparavant, les danseurs n’étaient peut-être pas aussi forts, mais quand ils dansaient, ils y mettaient du cœur… et il y avait une certaine motivation. Mais bon, on avance quand même et avec un peu d’effort, on sortira quelque chose de magnifique.

Penses-tu que le métier de la danse, tous domaines confondus, pourra évoluer au Bénin au point de pouvoir  devenir une source de revenus stable ?

K.A: Déjà, je gagne ma vie par la danse. Je ne dirai pas que j’en vis pleinement mais je peux dire que tout ce que je fais est axé autour de la danse.

C’est un domaine qui pourrait engendrer beaucoup d’emplois. Il y a assez de choses autour d’un spectacle de danse. Je m’explique. Rien que pour un spectacle de danse, il faut de la sonorisation, donc un régisseur son. Il faut de la lumière, il faut des gens qui supervisent les coulisses, de la sécurité, du graphisme, de la direction artistique, etc… C’est tout autant d’opportunités d’emplois pour les jeunes.

Explique-nous le concept du « SHE’S ON FIRE ». Et pourquoi avoir créé un événement uniquement dédié à la gente féminine?

K.A: Le ‘’SHE’S ON FIRE’’ est un festival de danse urbaine exclusivement féminin. Pourquoi ? Dans le milieu de la danse, elles sont très rares ces jeunes filles qui s’expriment. Alors que la danse est un art mixte. Et je pense qu’il y a une certaine ségrégation ‘’sexuelle’’ à ce niveau. La femme a plus de choses à dire que l’homme, je dirai qu’elles ont plus de choses à dire que nous car leur réalité est tout autre. C’est de là, qu’est née l’idée.

  

Que fais-tu d’autres quand tu ne danses pas ? Travailles-tu sur d’autres projets ?

K.A: C’est difficile à dire. Je réfléchis et je ne pense qu’à la danse. C’est vrai que j’ai appris l’infographie en autodidacte aussi. Je suis designer graphiste à mes heures perdues. Mais je ne consacre cette expérience qu’à la réalisation et confection de visuels pour mes événements de danse urbaine. Idem pour l’entrepreneuriat culturel. Je fais aussi donc autre chose mais il y a toujours une connotation « danse »  dans tout ce que je fais.

Selon toi, quelles sont en trois (03) mots les qualités d’un bon danseur?

K.A: La maîtrise de soi : On a un corps qui n’a pas de limites. Donc, comment faire pour passer au-delà des limites apparentes de notre corps est un challenge. Le principal outil de travail d’un danseur, c’est son corps. Il faut savoir l’entretenir et le maîtriser le plus longtemps possible.

Le contact avec son public ou message à son public : Un bon danseur doit savoir captiver et maintenir l’attention de son public de quelque manière que ce soit quand il performe. Tant que le message passe, c’est l’essentiel.

Discipline & Organisation: Un danseur doit rester organisé. Il doit savoir manager sa carrière et ne jamais tomber dans l’oubli. Savoir gardé son capte, ne pas décliner et chercher à toujours monter.

Si tu n’étais pas danseur, tu serais ?

K.A: Si je n’étais pas danseur, je serais probablement… danseur! Je ne me vois pas faire autre chose que de la danse.

Un mot pour conclure ?

K.A: Je remercie déjà votre équipe. Et je remercie aussi ces personnes qui  croient en la culture en général et à la danse en particulier.

A l’endroit du gouvernement, j’espère que les nouvelles réformes instaurées impacteront le milieu culturel davantage, précisément celui de la danse. Je tiens à leur rappeler qu’il y a plus de jeunes que de personnes âgées. On dit HIP-HOP NATION, c’est dans ça on a grandi. Il ne faut pas confondre le Hip-Hop et la délinquance. C’est notre langage et qu’ils y pensent !

Merci Kevin!

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