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Interview réalisée par CODO WILFRIED et GURU GURU

1ère Partie LAURENT ROSSI

Qui est LAURENT ROSSI ?
Un français de lointaine origine italienne de 44 ans, qui travaille depuis 22 ans dans la production phonographique, et qui malgré tout reste accro à la musique.

Dans une interview, vous dites que vous êtes venu dans le métier parce que vous espérez avoir des tickets de concerts gratuits?
C’est une blague, mais en même temps, il y a un fond de vérité. Si je m’intéresse à beaucoup de chose, la musique est ma plus grande passion. Et quel meilleur moyen de se procurer des disques et des billets de concert que d’aller puiser directement à la source ?
Comment définissez-vous un LABEL DE MUSIQUE ?
Un label de musique a pour but de dénicher les artistes, de créer les bonnes rencontres (producteur, auteur, arrangeurs…) et donner les moyens aux créateurs de faire les bons albums ; c’est le job du service artistique. De créer la bonne image, la bonne stratégie, d’investir au niveau publicitaire, de faire exister l’artiste sur les réseaux sociaux ; c’est le job du service marketing. D’exposer l’artiste et sa création dans les médias idoines (radio, presse, tv, web) ; c’est le job du service promo. Fondamentalement, ce sont ces trois services qui constituent un label. Mais tout ce travail ne servirait à rien et serait impossible sans le service commercial qui se charge de distribuer la musique, que ce soit en support physiques ou digitaux ; si je distingue l’activité commerciale de celle d’un label à proprement parlé, c’est que c’est que la distribution est coûteuse en moyens humains et logistiques, ce qui suppose qu’il faut avoir un fort volume d’activité pour le mettre en place. Ainsi, beaucoup de labels indépendants décident de confier leurs distribution à une major, ou à un autre indépendant plus gros ; ils n’en reste pas moins des labels. Enfin, il ne faut pas négliger le rôle cruciaux du back office (les services juridiques, financiers, comptables, rh, informatiques…) sans qui rien ne serait possible.

Pour un jeune passionné de la musique qui aimerait diriger une major, quel étude devrait-il faire ?
Diriger une major ou un label n’est pas une question d’étude, mais de talent et d’envie. Les profils des décideurs de la musique sont plutôt protéiformes. Si beaucoup ont fait des études commerciales, personnellement, j’ai étudié le droit, le marketing et la publicité, et enfin la sociologie… Ce qui n’a pas été déterminant dans ma carrière. Je crois que le président de Warner Music France a fait des études d’histoire!
Qu’est ce qui caractérise un TUBE pour vous ?
Un tube se ressent, il ne se caractérise pas, et à la fin, c’est toujours le public qui choisit.

thumbnail_Laurent-Rossi-

 

2ème partie : JIVE EPIC / SONY MUSIC FRANCE

 

Tout récemment, Youssou N’Dour a rejoint votre maison, dites-nous combien d’artistes du continent africain gérez-vous à SONY MUSIC France ?
Sur l’ensemble des labels de Sony Music France, et ses labels associés (dont Lusafrica) Beaucoup, mais cela reste marginal comparé à l’ensemble de la production du continent. Le gros de la production africaine se fait en Afrique, très souvent de façon indépendante.

 

thumbnail_Singature de Youssou NdourLors de la signature de Youssou N’Dour

Comment se fait une proposition de signature aux artistes ? Vous les détectez comment ?
Les concerts, le bouche à oreille, les réseaux sociaux sont des vecteurs importants… Mais il n’y a pas de règles. Lorsque l’on a repéré un artiste dont l’univers nous séduit, on le rencontre, on se jauge, on se « drague »… Et surtout, on s’assure que nous sommes sur la même longueur d’onde. En dehors des critères objectifs (la qualité du contrat, les moyens mis à disposition, la réputation), je reste persuadé que c’est toujours le facteur humain qui remporte la décision à proposition égale.
Quelle est la différence entre une major et un label indépendant ?
Fondamentalement, il n’y en a pas. Certains gros indés (Nuclear Blast, Century Media, Beggars Group, Domino…) sont structurés au niveau mondial comme des majors, si ce n’est l’aspect distribution. S’il doit y avoir une différence, c’est qu’une major est forcément multinationale, et s’attachera plus qu’un indépendant à produire tous les types de musique, en assurant toujours l’ensemble des services (production, promotion, distribution…).

 

thumbnail_Laurent Rossi & Kenzah FarahAvec Kenzah Farah

 

Quelle a été votre plus grande déception en tant que Directeur à JIVE EPIC GROUP ? Le flop d’un album ? Le départ d’un artiste ?
Il faut savoir qu’un producteur a plus de déceptions que de satisfactions. C’est dur de croire en un artiste et de ne pas pouvoir lui apporter le succès. Et ça arrive souvent. Quand un artiste part, ce n’est pas toujours une déception ; c’est aussi peut-être que la relation est arrivée à son terme, que l’on ne s’apporte plus rien, un peu comme un vieux couple.
Pensez-vous que le beef entre votre artiste La Fouine et Booba a booste les ventes de son dernier album?
Incontestablement, ça a boosté les ventes des avant derniers albums des deux. Mais je pense que sur le long terme, cela a laissé une empreinte négative et dommageable pour les deux. C’est triste.
Pour quelqu’un qui a longtemps travaillé avec des rappeurs, que pensez-vousdes clash dans le HIP HOP ?
Des clash, il y en a toujours entre créateurs, que ce soit dans la mode, le cinéma (Truffaut/Godard par exemple), la littérature, des arts plastiques et de la musique. Ce sont des milieux extrêmement compétitifs, ou les égos s’expriment pleinement. La seule différence, c’est que dans le rap, c’est amené sur la place publique, de façon en général violente et spectaculaire.Personnellement, ça me fatigue. Que les gens ne s’aiment pas OK, mais pourquoi prendre le public en otage et à témoin ?

Expliquez-nous le deal de Sony Music France avec WATI-B ?
C’est un deal assez simple ; nous avons pris une participation minoritaire dans les activités du Wati B où nous avons des compétences (le disque et les concerts), excluant tout le reste (textile, éditions…), et nous l’avons fait à un moment ou le label avait besoin de se structurer et d’investir. Wati B reste seul décisionnaire de sa politique artistique, et Dawala reste le seul patron. Et nous sommes son partenaire.
Certains artistes du groupes Sexion D’Assaut ont connu des gros succès commerciaux et d’autres des succès plus modeste. Comment percevez-vous leur retour en groupe?
Peu importe les succès individuels des uns et des autres. Ces gars-là ont écrit l’histoire ensemble, ils restent très proches, et tous sont conscients je crois que c’est la somme des individualités qui a fait le succès du collectif.
Toujours dans une interview, vous avez mentionné que DR. BERIZ (Wati-B) préparait un très gros album ?Vu de l’Afrique de l’Ouest, nous avons l’impression que cet album est vraiment passé inaperçu ? Si oui comment expliquez-vous cela ?
Le disque est sorti bien trop vite, sans set up convenable. Il faut entre 4 et 8 mois pour préparer une sortie. L’artiste nous a laissé 5 semaines! Il était pressé de sortir. Cela n’hypothèque en rien la suite de sa carrière, parce qu’il est talentueux.

 

 

3ème partie : LE MARCHE AFRICAIN FRANCOPHONE

 

Comment appréhendez-vous le marché francophone des musiques urbaines ? (rap-afro beat- variété)
Il est en constante évolution. La tendance aujourd’hui en France est à l’afro-beat. Ça peut changer à tous moments, c’est bien ce qui rend la scène urbaine excitante. Maintenant, en France comme aux Etats-Unis, je constate depuis quelques années que les succès populaires, renforce et radicalise l’underground. Nous avons donc d’un côté une pop urbaine dominante et de l’autre un rap radical… Et les deux mondes sont extrêmement poreux, ce qui est assez étonnant, et plutôt réjouissant.

 

thumbnail_Laurent Rossi SinguilaAvec Singuila

L’Afrique francophone est-elle un marché intéressant pour une major ?
C’est un marché d’avenir, auquel toutes les majors s’intéressent. Les perspectives de croissance y sont énormes. La jeunesse de la population, l’importance de la musique, ainsi que la croissance économique que connaisse certains pays du continent laisse augurer du meilleur. C’est un marché qui doit se structurer, qui passera directement par le digital, et notamment le streaming, sans jamais avoir été mature au niveau du support physique. Vous allez griller les étapes!
Quels atouts faut-il pour un artiste francophone urbain pour avoir une carrière sur le marché occidental ?
Il n’y a pas de recette toutes faite. Aujourd’hui, on va dire que globalement, les sonorités issues des pays lusophones enflamment et influencent toute la planète. Pour un artiste francophone, la difficulté, c’est que le texte en musique urbaine s’ancre dans une réalité régionale. Pour s’exporter, il faut que le texte soit compréhensible et concernent pour le plus grand nombre, de Ouagadougou à Strasbourg ; c’est ce que fait très bien un Maitre Gims par exemple, lorsqu’il traite des relations humaines.
Le mot de fin (Proposez nous un morceau à mettre en bas de votre interview qui est votre coup de cœur)
Mon titre coup de coeur : Mogwai « Friends Of The Night »

C’est un titre qui a huit ans, et que j’écoute presque tous les jours sans me lasser. Je le trouve d’une profondeur et d’une force incroyable. Surtout, c’est le seul titre que je connaisse qui me fout une pêche incroyable quand tout va bien, où qui me plonge au fond du trou quand ça va mal…

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